CONSEIL DE L’ATLANTIQUE NORD CONFERENCE DE PRESSE CONJOINTE DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, NICOLAS SARKOZY, ET DU PRESIDENT DES ETATS-UNIS D’AMERIQUE, BARACK OBAMA

Strasbourg, 3 avril 2009

- PROPOS DE M. SARKOZY –

Mesdames et Messieurs, nous nous excusons pour notre retard. Mon propos introductif sera très bref. Nous avons fait le point d’un certain nombre de dossiers : l’Afghanistan, l’OTAN, l’Iran, la Russie, le Moyen-Orient. Je crois pouvoir dire, parlant sous le contrôle du président des Etats-Unis, qu’il y a une parfaite identité de vue.

Puisque je prends la parole juste au lendemain du sommet du G20, je voudrais dire à Barack Obama combien j’ai été heureux de pouvoir travailler main dans la main avec lui, combien j’ai apprécié son ouverture d’esprit et la volonté qu’il a de construire un nouveau monde. Je peux dire que dans ce sommet, il n’y a pas eu de vainqueurs ou de perdants, il y a eu 20 dirigeants, dont bien sûr le dirigeant de la première puissance du monde, les Etats-Unis d’Amérique, qui ont pris leurs responsabilités. Cela laisse bien augurer des mois et des années qui viennent : on a un sacré travail à faire parce qu’il y a un sacré paquet de problèmes et, pour nous, c’est une raison d’optimisme que de pouvoir les régler avec une administration américaine qui a la volonté d’entendre ses amis et ses alliés et de résoudre les problèmes. Donc, Barack, bienvenue en France, merci et je me réjouis des semaines qui viennent parce que l’on va prendre beaucoup d’initiatives et le monde en a besoin.

(…)

Q - Monsieur le Président, vous avez expliqué aux Français que le retour de la France dans la structure militaire intégrée de l’OTAN aurait en quelque sorte une compensation pour la défense européenne. Avez-vous reçu des garanties de la part du président Obama ? Par exemple pour l’émergence d’une cellule de planification, de conduite des opérations strictement autonome.

Par ailleurs, Monsieur le Président, accepterez-vous l’idée d’un pilier, d’un caucus américain avec l’OTAN ?

R - J’ai toujours été convaincu que les Etats-Unis et la France étaient de la même famille. On est à Strasbourg. J’aime l’histoire. Je dis aux Français : jamais il ne faut oublier ce qu’a fait la démocratie américaine pour nous. Le 6 juin prochain, on sera ensemble sur les plages de Normandie pour se recueillir sur les tombes des jeunes Américains qui sont morts pour nous, qui avaient l’âge de nos enfants aujourd’hui. Cela compte dans l’histoire de deux nations.

Dans mes rapports avec le président Obama, je lui fais confiance. Je fais confiance à sa parole et puis je fais confiance à son intelligence. Le président Obama n’a pas besoin de moi pour comprendre qu’une Europe forte, qu’une Europe de la défense qui existe, c’est le meilleur atout pour les Etats-Unis d’Amérique. Les Etats-Unis du président Obama ne veulent pas d’allié faible. Ils veulent des gens qui se tiennent debout et qui assument leurs responsabilités.

On s’est mis d’accord sur tout il y a bien longtemps, mais cela n’a pas été un marchandage, ce n’est pas une question comme cela. Cela a été la même vision du monde. Il y a une famille. Nous ne voulons imposer nos valeurs à personne, mais nous voulons que personne, à travers le monde, nous défende de croire dans nos convictions.

Enfin, un mot pour les Français, c’est tout de même extraordinaire, cela fait des années que l’on envoie des soldats sous la bannière de l’OTAN en refusant de participer au comité qui met en œuvre la stratégie d’emploi de ces soldats. J’ai voulu être transparent et honnête vis-à-vis de mes compatriotes. J’ai voulu assumer mes choix. L’OTAN, cela fait 60 ans que cela existe. S’il y a la paix, ce n’est pas un hasard, c’est parce que l’on est ensemble. Les Etats-Unis, ce sont des alliés et des amis. Ils savent parfaitement que la France sera composée d’amis, d’alliés debout, indépendants parce que l’on fait le choix des convictions.

(…)

Q - Vous avez dit, tout à l’heure, que le président Sarkozy a parlé d’alliés forts qui assument les responsabilités. Le président Obama souhaite fermer Guantanamo d’ici une année. Etes-vous prêt à accepter certains des prisonniers ? Avez-vous parlé de cette question avec lui ?

R - Vous savez, je crois que la démocratie fait une obligation aux
hommes d’Etat de dire la vérité et d’être cohérents. Je suis de ceux qui aiment les valeurs des Etats-Unis. Guantanamo n’était pas conforme aux valeurs des Etats-Unis, en tout cas, à l’idée que je m’en fais. J’ai été fier et heureux que les Etats-Unis, qu’on aime ici en France et en Europe prennent la décision que nous attendions de fermer ce camp. Ma conviction la plus profonde est que l’on ne combat pas les terroristes avec les méthodes des terroristes. On les combat avec les méthodes de la démocratie.

Alors, une fois que j’ai dit cela, si le président des Etats-Unis dit : "je ferme Guantanamo, mais j’ai besoin que mes alliés prennent, en l’occurrence, il y a en a un, pour le mettre en prison ici, que cela nous permet de fermer le camp", alors si on est cohérent, on dit oui, parce que sinon on est incohérent. On ne peut pas condamner les Etats-Unis, parce qu’ils ont ce camp et s’en laver les mains une fois qu’ils le ferment. Ce n’est pas comme cela que l’on est allié. Ce n’est pas comme cela que l’on est ami. Ce n’est pas comme cela que l’on est respecté dans le monde. La France n’a qu’une parole et la France affirme une politique droite, honnête, conforme à la démocratie.
Donc, oui, on en a parlé. Oui, on s’est mis d’accord et oui, c’est logique et cohérent. Et c’est honnête. C’est comme cela qu’il faut que vous regardiez la France.

(…)

Q - Une question aux deux présidents. Accepteriez-vous que les Russes participent au système de défense européen ? Pensez-vous que les Russes vont effectivement exercer de fortes pressions sur l’Iran pour qu’il mette fin à son programme nucléaire ?

(…)

R - J’ai toujours dit au président Medvedev que l’URSS était finie, que le mur de Berlin était tombé, et qu’autour de la Russie, il n’y avait pas de pays satellite et qu’il devait respecter cela. Mais en même temps, avec les problèmes qu’il y a dans le monde aujourd’hui, on ne va pas réinventer la guerre froide. La proposition du président Obama d’une nouvelle discussion avec le président Medvedev, d’un nouvel accord avec la Russie et les Etats-Unis est donc une très heureuse nouvelle. On n’a pas besoin d’une nouvelle guerre froide. On a besoin de rassemblement dans le monde, on a besoin d’unité dans le monde et on a besoin que la Russie prenne ses responsabilités, parce que c’est un grand pays, pour nous aider à trouver une solution à la crise iranienne. Là aussi, je crois pouvoir dire que les Etats-Unis et la France, on est sur la même ligne. L’OTAN, ce n’est pas fait contre la Russie. Le pacte de Varsovie, c’est terminé. On veut travailler avec tous ceux qui veulent travailler avec nous, honnêtement, pour faire un espace de sécurité et je l’espère, demain pour l’Europe, un espace économique commun entre la Russie et l’Europe.

Q - Monsieur le Président Sarkozy, vous avez parlé d’honnêteté et de cohérence, et vous allez bientôt réintégrer l’OTAN en tant que partenaire militaire. Que répondez-vous au message du président Obama pour l’ajout de troupes militaires, par exemple en matière de formation et d’aide en Afghanistan ?

(…)

R - Nous soutenons complètement la nouvelle stratégie américaine en Afghanistan et je veux dire aux Français que lorsque New York a été martyrisée, cela aurait pu arriver dans n’importe quelle autre capitale d’un Etat démocratique. Ce n’est pas New York qui a été visée, ce sont les démocraties.

Si les démocraties sont solidaires face aux fanatiques, face aux extrémistes, face aux terroristes, dans ce cas-là, nous gagnerons. C’est cela qui se joue là-bas.

Deuxièmement, nous en avons parlé avec le président Obama, il n’y aura pas de renfort militaire français parce que la décision des renforts a déjà été prise l’an passé.

Troisièmement, nous sommes prêts à faire davantage sur le plan de la police, sur le plan de la gendarmerie, sur le plan de l’aide économique pour former des Afghans et pour l’"afghanisation". Nous ne menons pas une guerre contre l’Afghanistan, nous aidons l’Afghanistan à se reconstruire. Nous ne soutenons pas tel ou tel candidat, nous soutenons le droit des jeunes Afghans à avoir un avenir. Sur ce dossier et comme sur les autres, on s’est mis autour de la table, on a parlé et j’ai écouté le président Obama, il a écouté mes problèmes, on essaie de trouver des solutions. Voilà comment on a fait, voilà comment on va continuer à faire.

Je voudrais dire à tous les Français qui sont heureux et fiers que l’on ait le président des Etats-Unis d’Amérique sur notre sol, qu’il reviendra le 6 juin, qu’on lui fera un accueil extraordinaire dans cette Normandie où il y a tant de jeunes de son pays qui reposent sous la terre et que vraiment les gens doivent reprendre confiance. On est conscient des difficultés et on sait qu’il faut y apporter des réponses globales, des réponses ensemble. Cela fait du bien de pouvoir travailler avec un président des Etats-Unis qui a envie de changer le monde et qui comprend que le monde ne se réduit pas aux seules dimensions de son pays. Cela, c’est une sacré bonne nouvelle pour l’année 2009./.

Dernière modification : 10/09/2009

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