Catapulté vers l’Afghanistan pour aider à chasser les talibans

A BORD DU PORTE-AVIONS CHARLES DE GAULLE (mer d’Arabie) - Le pilote du Super-Etendard pousse à fond la manette des gaz, tape de la main droite sur son casque pour signaler qu’il est prêt : quelques secondes plus tard, il est catapulté dans les airs à 275 km/h dans un nuage de vapeur en route pour une nouvelle mission au-dessus de l’Afghanistan. Sur le pont du porte-avions français Charles-de-Gaulle, un ballet bariolé d’hommes d’équipage, casqués et lunettés pour se protéger du bruit infernal et du vent, s’affairent pour lancer son coéquipier. C’est chose faite en quelques secondes. Les deux avions de plus de dix tonnes sont passés de 0 à 275 km/h en 75 mètres. Dans la journée, une deuxième vague sera lancée selon le même scénario bien rôdé. En trois semaines dans la mer d’Arabie au large du Pakistan, les avions embarqués, auront exécuté environ 150 missions au-dessus de l’Afghanistan. Il s’agit pour eux de soutenir les milliers de soldats de l’Otan, mais surtout de la coalition militaire internationale, qui chassent les rebelles talibans dans l’est et le sud du pays. Une éruption de violence y a fait plusieurs centaines de victimes au cours d’une des semaines les plus sanglantes depuis le renversement du régime taliban fin 2001. Deux soldats français des forces spéciales sont morts samedi. A 5H du matin, deux heures avant l’envol, une dizaine de pilotes sont "briefés". Après la météo, les journalistes sont priés de sortir. Les objectifs précis, établis en liaison avec un centre de commandement de la coalition basé au Qatar, doivent rester secrets jusqu’au retour. Ce jour-là, les pilotes de Super-Etendard auront survolé la province méridionale de Kandahar pour protéger des hélicoptères Chinook venu récupérer des troupes au sol. Un d’entre eux a poussé jusqu’à Kaboul pour une mission de reconnaissance au bénéfice des troupes françaises de la capitale. Fatigués par cinq heures de vol, les hommes doivent encore apponter. "Il faut poser l’avion avec la même précision qu’il faudrait à un automobiliste pour passer un guichet de péage d’autoroute à 250 km/h, sur la longueur d’un terrain de tennis", explique un officier sur le pont du navire. Même à l’heure des satellites ultra-perfectionnés, les Super-Etendard rapportent des renseignements précieux.
"L’intérêt des images que l’on ramène c’est qu’elles sont récentes", explique le contre-amiral Xavier Magne, 50 ans, qui commande le groupe aéronaval français. "Sur une photo vous allez voir à proximité d’un petit village, trois ou quatre pick-ups avec des petites taches noires autour qui s’agitent et vous allez pouvoir dénombrer les individus pour voir un peu ce qui se passe", raconte l’amiral. Mais les missions ne se font pas toutes à haute altitude. Quand il s’agit de faire peur aux rebelles, les pilotes plongent vers le sol et passent à grande vitesse au-dessus d’eux. Une "démonstration de force", qui selon l’amiral Magne, s’est produite deux fois entre le 5 et le 20 mai. Les Français mettent seulement leurs avions à disposition de la coalition, ils gardent le contrôle sur la nature de la mission pour éviter les bavures.
"La force n’acceptera pas de dommages collatéraux", souligne le capitaine de vaisseau Denis Béraud, 46 ans, le commandant du porte-avions. Le risque est réel, le bombardement d’un village par les Américains lundi, dans des circonstances encore floues, a fait de nombreuses victimes civiles. Lundi après-midi, la voix du commandant résonne dans tout le bâtiment : "L’état-major des armées nous a demandé..." : la mission de soutien va se poursuivre jusqu’à jeudi, deux jours de plus que prévu.

Dernière modification : 17/01/2008

Haut de page