- ENTRETIEN DU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE, M. NICOLAS SARKOZY, AVEC LE QUOTIDIEN "NEW YORK TIMES"

(Paris, 24 septembre 2007)

(extraits)

Q - Concernant l’OTAN, vous avez dit aux ambassadeurs, que vous souhaitiez la rénovation de ses relations avec la France. Est-ce que la France est prête à retourner dans les structures militaires intégrées de l’OTAN. Et dans quelles circonstances ?

R - D’abord, je n’ai pas de problème avec l’OTAN. Je rappelle que la France est membre fondateur de l’OTAN et que sur les vingt-six pays membres, il y en a vingt et un qui sont européens. Je voulais rappeler cela. Nous avons fondé l’OTAN avec nos amis américains. Alors, qu’on arrête de présenter l’OTAN comme une espèce d’épouvantail, premier point. Deuxième point, nous sommes dans l’OTAN, nous en sommes un des principaux contributeurs, financiers et humains. Ce n’est pas une invention de ma part, quand même, je le rappelle. Alors, faut-il une évolution ? C’est une éventualité qui, pour être positivement envisagée, passe par deux préalables qui doivent être levés. Le premier c’est que je veux me battre pour l’Europe de la défense, quelle que soit l’importance de l’OTAN, là l’Europe doit se défendre de façon efficace et indépendante. L’Europe ne peut pas être une puissance économique sans assurer sa propre sécurité, donc je conditionnerai un mouvement dans les structures intégrées par une avancée sur l’Europe de la défense. Je demande d’ailleurs à nos amis américains de le comprendre. Une Europe qui serait capable de se défendre de façon indépendante n’est pas un risque pour les Américains, c’est un atout. Troisième point, il va de soi que si nous devions envisager un tel mouvement, il ne pourrait avoir lieu que dans la mesure où une place serait faite dans les instances de direction, au plus niveau, pour des représentants de la France. Et c’est sur ces deux axes que nous sommes en train de travailler.

Q - Est-ce que vous savez à peu près quand ce travail sera fini ?

R - Ce n’est pas tant le travail qui doit être fini que les solutions apportées. J’attends aussi des réponses des uns comme des autres. C’est d’ailleurs un très grave problème pour l’Europe, le fait que seuls quatre pays, en vérité, contribuent à la sécurité de l’Europe : la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie, la France, et dans une moindre mesure l’Espagne. C’est un grave problème, on ne peut pas assurer à quatre ou cinq la sécurité de vingt-sept pays.

Q - Est-ce que vous pourriez m’expliquer dans quelles circonstances la France est prête à retourner dans les structures militaires intégrées de l’OTAN ?

R - Je rends hommage à votre entêtement, au souci que vous avez de poser des questions brûlantes de façon parfaitement banalisée. J’ai répondu à cette question. Il y a deux préalables. Sans avancée sur ces deux préalables, il n’y aura pas de réintégration. Avec des avancées sur ces deux préalables, on peut discuter de l’opportunité d’une réintégration.

Q - M. Morin a dit qu’il faut avancer sur le chemin commencé en 1994-96 et clarifier la position de la France à l’OTAN ? Vous en dites quoi ?

R - La France ne peut reprendre sa place que si une place lui est faite. Difficile de prendre une place qu’on ne vous réserve pas.

(…)

Q - Parlons de l’Afghanistan, la nécessité de reconstruire le pays, d’entraîner l’armée, la police, etc. Est-ce que c’est la même chose pour l’Irak ? Est-ce que la France a un rôle à jouer ?

R - La France n’a pas vocation à aller en Irak. Mais la France a estimé de son devoir de renforcer sa présence en Afghanistan, pour aider l’Afghanistan à se construire un avenir démocratique et en sécurité.

Q - Aujourd’hui, c’est un jour assez triste pour la France puisque ··

R - Nous avons perdu un de nos formateurs. Je veux rendre hommage aux soldats français qui prennent des risques en Afrique, au Liban, en Afghanistan. Cela montre que nous payons aussi un lourd tribut à notre statut de membre permanent au Conseil de sécurité.

Q - Mais quand même la France est convaincue qu’il faut jouer un rôle encore plus actif en Afghanistan, renforcer ··

R - Cela dépend quel rôle. Je pense que le rôle que nous avons joué en Afghanistan, c’est d’aider à la construction d’un Etat afghan indépendant, uni pour vivre dans la paix. Donc, je souhaite renforcer les formateurs, l’encadrement plutôt que les combattants.

(Source : site Internet de la présidence de la République)

Dernière modification : 01/10/2007

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