Q - La France est engagée depuis bientôt quatre mois dans une opération aérienne en Libye. Le Parlement va se prononcer aujourd’hui sur une éventuelle prolongation, mais ce devrait être oui. « Il faut savoir finir une guerre », disait justement tout à l’heure Nicolas Sarkozy, en Afghanistan. Ce n’est pas valable pour la Libye ?
R - La petite différence c’est qu’en Afghanistan on y est depuis dix ans, et en Libye depuis quatre mois, comme vous l’avez dit.
Q - Donc, ça peut durer dix ans, c’est ça que vous dites ?
R - Écoutez, n’interprétez pas mes propos de façon aussi rapide. Je faisais simplement la différence entre les deux. Et les choses évoluent en Libye, contrairement à ce que l’on entend dire ici ou là. Elles évoluent d’abord sur le terrain ; Benghazi a été protégée ; Misrata a été libérée ; les forces du Conseil national de transition progressent, elles sont maintenant assez proches de Tripoli. Donc, les choses évoluent favorablement.
Deuxièmement, les choses évoluent politiquement. Le Conseil national de transition lorsque nous l’avons reconnu n’était pas considéré comme un interlocuteur valable par beaucoup de pays.
Aujourd’hui, tout le monde discute avec ce conseil de transition qui apparaît comme un interlocuteur incontournable : les Russes, les Américains, les Européens, les Arabes et les Africains. Et puis, enfin, et c’est le plus important, je l’ai constaté lors de ma tournée africaine il y a trois jours, il y a aujourd’hui un consensus sur la sortie de crise, et la sortie de crise elle passe par le départ de Kadhafi du pouvoir. Ce n’était absolument pas acquis il y a deux mois ou trois mois.
Aujourd’hui, le Premier ministre éthiopien que j’ai vu il y a deux jours, le président mauritanien, et tous les deux animent ce qu’on appelle le panel de l’Union africaine sur la Libye, sont exactement sur cette ligne-là. Donc, nous allons en parler à Istanbul vendredi prochain, lors de la réunion du groupe de contacts, et j’espère qu’on va avancer vers cette sortie. Je l’ai déjà dit, la question n’est plus de savoir si Kadhafi doit partir, mais quand et comment.
Q - Et pas d’arrêt des frappes de cette opération militaire tant que le colonel Kadhafi est toujours au pouvoir.
R - Tant que les conditions d’un cessez le feu véritable ne sont pas réunies. Un véritable cessez le feu, ça veut dire le retrait des troupes dans les casernes et le contrôle des Nations unies ainsi qu’une déclaration, sous une forme indéterminée, de Kadhafi annonçant qu’il se retire du pouvoir politique et militaire en Libye. Les conditions sont maintenant très clairement définies. Et je le répète, nous travaillons vraiment d’arrache-pied pour pousser cette sortie de crise.
Q - Mais dans un pays comme la Libye, avec des tribus, des clans, dans chaque région, il peut vraiment y avoir une réconciliation nationale ?
R - Nous en sommes persuadés, et nous allons y travailler. D’ailleurs, dans le plan qui est le nôtre, le dialogue national doit être un dialogue ouvert. Il y aura le Conseil national de transition, c’est eux qui se battent sur le terrain, mais aussi, vous avez raison de le signaler, les chefs de tribus parce que les tribus ont un rôle important dans la société libyenne ; et puis également tous ceux qui à Tripoli sont prêts à abandonner Kadhafi parce qu’ils voient bien qu’il a perdu sa légitimité. Et donc, il faut que ce dialogue national soit aussi large que possible, aussi ouvert que possible et c’est aux Libyens bien entendu, eux-mêmes, qu’il appartiendra ensuite de construire la Libye de demain.
Q - Alain Juppé, l’un des fils du colonel Kadhafi affirme que la France négocie directement avec le régime libyen. C’est vrai ça ?
R - Tout le monde a des contacts avec tout le monde. Le régime libyen envoie des messagers partout, en Turquie, à New York, à Paris. Il y a effectivement des contacts. Ce n’est pas au jour d’aujourd’hui une véritable négociation. Nous recevons les émissaires qui nous disent, voilà, « Kadhafi est prêt à partir, discutons-en ».
Source : site internet de France Info
