Réunion des ministres de la Défense (9-10 octobre 2012) - Conférence de presse de Jean-Yves Le Drian

Verbatim complet du point de presse du M. Le Drian du 9/10 en marge de la réunion des ministres de la Défense de l’OTAN.

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Bruxelles - Représentation française auprès de l’OTAN
Mardi 9 octobre - 16h15

Jean-Yves Le Drian :

En introduction, c’est ma première réunion du Conseil des Ministres de l’OTAN. Nous avons pu faire part de notre volonté d’appliquer le paquet de Chicago, qui a été validé. C’était le point sur la mise en œuvre du paquet de Chicago, qui suit son cours. Nous avons estimé qu’il fallait sans doute accélérer un certain nombre de sujets qui de notre point de vue ne partaient pas assez vite, en particulier ce qui a été décidé concernant la défense antimissile et singulièrement le C2 de la défense antimissile, contrôle et commandement. Mais ce sont des engagements de Chicago et il n’y pas de raison que ça ne se poursuive pas normalement.
Nous avons en particulier insisté sur la nécessité aussi de faire en sorte que la partie cyberdéfense puisse s’accélérer un peu alors que de ce côté-là, il y a un peu de retard.
Nous avons beaucoup affirmé que le fait que l’Europe de la défense et la stratégie de Chicago étaient complémentaires et que le renforcement de l’Europe de la défense c’était aussi une manière de renforcer l’Alliance. Je constate que sur ces principes-là, je n’étais pas le seul et qu’il y avait beaucoup d’Européens dans la salle, ce qui est quand même réjouissant, qui ont tenu le même propos. Le renforcement de l’Europe de la défense renforce aussi l’Alliance et il importe de conjuguer les deux en même temps. Cela avait d’ailleurs été inscrit dans les conclusions de Chicago et a été répété dans le tour de table qui vient de se passer et qui a duré plus longtemps que prévu.
Nous avons commencé à aborder les questions de financement, en particulier la question du financement en commun des capacités et sur ce point j’ai fait savoir que nous étions défavorables au renforcement des financements en commun de nouvelles capacités, parce que l’Alliance est une alliance de Nations souveraines. Chacun est libre du choix de ses capacités, en coopération ou pas, et du choix de l’emploi de ses capacités. Par contre, nous avons insisté sur le renforcement en financement commun de l’interopérabilité, que ce soit l’interopérabilité de commandement, que ce soit l’interopérabilité des outils qui permettent d’agir en commun, le renforcement de l’entraînement, de manœuvres qui contribuent aussi à l’interopérabilité. Le plus de l’Alliance pour la France, c’est précisément de faire en sorte que l’on puisse agir en commun et donc tout ce qui renforce le fait que nous soyons plus performants en interopérabilité nous va et peut mériter un financement en commun. Mais, nous sommes au début des discussions sur cette partie, qui a été à peine évoquée au cours du tour de table.

AFP

Sur la fusion EADS-BAE, des informations en provenance de l’Allemagne disent que les négociations ont échoué .Est-ce que vous avez des informations là-dessus ?

Jean-Yves Le Drian

Il y a une réunion qui va se tenir dans peu de temps de EADS-BAE. Les entreprises connaissent désormais les points de vue des uns et des autres. Nous avons beaucoup travaillé sur cette question et nous sommes vus à plusieurs reprises, et en bilatérale, et en trilatérale, et ici et à Chypre il y a quelques jours, et ailleurs puisqu’on s’est revu aussi en Allemagne avec mon collègue Thomas de Maizière en complément. Les entreprises se réunissent en ce moment pour faire valoir leur point de vue. Voilà tout ce que je peux vous dire pour l’instant. On avait beaucoup progressé, je pense, mais est-ce qu’on a progressé suffisamment, c’est aux initiateurs du projet de le dire.

Agence France presse

Est-ce que vous demandez un report ?

Jean-Yves Le Drian

Nous n’avons pas demandé quoique ce soit.

Agence France Presse

Apparemment, il y a la date du 10 qui était… Est-ce que vous conseillez aux entreprises ou est-ce que vous savez si… ?

Jean-Yves Le Drian

Ce sont les entreprises qui vont apprécier et savoir si elles ont intérêt ou pas à demander un report en fonction de l’état de leurs réponses aux différentes demandes et conditions qui ont été déposées par les Etats.

Agence France Presse

Avec vos collègues britannique et allemand, vous êtes sur la même longueur d’onde ?

Jean-Yves Le Drian

On a eu des discussions approfondies et nos approches au départ étaient différentes. Elles se sont sensiblement rapprochées mais est-ce qu’elles se sont suffisamment rapprochées pour que les entreprises considèrent que ça mérite un report, c’est à elles de le dire.

Télévision turque

Il y a maintenant beaucoup de tensions entre la Syrie et la Turquie, c’est aussi une tension à la frontière de l’OTAN. Qu’est-ce que vous, comme membre de l’OTAN, et l’OTAN allez-vous faire sur cette tension ? C’est une question de votre intérêt et pas seulement de l’OTAN.

Jean-Yves Le Drian

La question n’était pas à l’ordre du jour et elle ne l’est pas. Nous avons simplement, moi-même et d’autres, fait valoir notre solidarité à l’égard de la Turquie. Nous avons aussi apprécié leur sens des responsabilités dans une période de tensions. Je vais avoir l’occasion de rencontrer mon collègue turque tout à l’heure pour évoquer avec lui cette question. Nous en sommes là pour l’instant. La Turquie est un allié mais la question n’a pas été inscrite à l’ordre du jour.

DPA

Question sur l’appel du SG aux nations de dépenser plus sur la défense. Il a vraiment poussé sur ce point aujourd’hui. Quelle est votre réponse à cela ?

Jean-Yves Le Drian

Nous constatons que l’ensemble des budgets de défense européens sont au mieux stables, au pire en diminution. La question qui nous est posée globalement aux européens, c’est la nécessité de travailler ensemble pour faire en sorte que ce que l’on appelle le pooling & sharing puisse maintenir notre capacité d’action. La France est prête à rentrer dans cette dynamique-là. Nous avons fait un effort important pour le budget 2013 puisque, malgré la crise et les difficultés financières et budgétaires que nous rencontrons, l’effort de la France en matière de défense en 2013 sera identique à celui de 2012. Il importe dans la situation que nous connaissons que l’Europe de la défense puisse se conforter dans le cadre de budgets contraints. Il importe aussi parallèlement que l’OTAN mette en œuvre des mesures de maîtrise budgétaire. Ca a été souligné par plusieurs acteurs pour que les efforts se supportent les uns les autres.

Agence Belga

On parle demain de l’Afghanistan. Est-ce que le retrait français est en phase avec ce qui était prévu ou bien il y a un glissement ou des glissements dans l’OTAN ?

Jean-Yves Le Drian

Le retrait français se déroule conformément au calendrier prévu qui aboutira. Le calendrier est respecté et à la fin de cette année, l’ensemble des unités combattantes au sens où on l’entend, des unités qui sont directement dans les lieux de combat, sera retiré. Ca se déroule conformément à notre calendrier. Après, il restera le retrait logistique qui a déjà commencé mais qui devra se poursuivre jusqu’au milieu de l’année 2013 comme prévu et ensuite, il restera en Afghanistan jusqu’à la fin de la période de la coalition, c’est jusqu’à la fin de 2014, environ 500 militaires français qui assureront trois missions : la poursuite de la gestion et de la mise en œuvre de l’hôpital militaire de Kaya, qui est un hôpital militaire important ; la responsabilité de l’aéroport de Kaboul, que nous avons désormais depuis la semaine dernière ; et enfin des éléments significatifs en nombre qui continueront à assurer les missions de formation auprès de l’armée afghane. Tout ça jusqu’à la fin de la coalition, fin 2014. Ca se déroule conformément au calendrier dans le cadre actuel des choses. C’est une bonne chose.

Le Monde

Comment faut-il comprendre votre volonté, vous avez dit, d’accélérer les discussions sur le contrôle et le commandement dans le domaine de la défense antimissile ? Depuis le début, on sent qu’il y a une réticence de la France quant à la résolution de ce dossier. Ca veut dire quoi exactement ?

Jean-Yves Le Drian

Ca veut dire que nous avons été d’accord pour qu’à Chicago on valide le concept de capacité intérimaire, c’est le terme qui est utilisé, et que la mission de contrôle et commandement aujourd’hui est assurée par les Américains. Il importe que cela devienne une responsabilité de l’Alliance. Et pour cela, il faut accélérer le passage du C2 américain au C2 OTAN pour aller vite. C’était inscrit dans Chicago. Ce n’est pas une nouveauté que je vous dis là. Chicago, ce n’est quand même pas vieux. Donc nous avons insisté sur le fait qu’il fallait que Chicago se mette en œuvre. Mais ça n’entraîne aucune polémique ni aucune mauvaise interprétation. Cette rencontre jusqu’à cet instant, et il n’y a pas de raison que ça change, est très consensuelle puisqu’elle est directement dans la ligne d’application de Chicago. Mon collègue britannique a aussi insisté là-dessus.

Télévision Al-arabiya

Les Iraniens sont impliqués dans le conflit interne de la Syrie. L’Arabie Saoudite, comme le Qatar, finance ou aide littéralement l’opposition. Est-ce qu’après les échanges de tirs entre l’armée syrienne et les forces turques, le conflit a avancé d’un pas supplémentaire vers la régionalisation du conflit ? Quel pourrait être votre message à votre collègue turque tout à l’heure ? Une autre question : le Président Hollande a insisté au cours du weekend lors du sommet 5+5 sur les préparatifs concernant une possible intervention au Mali via les organisations régionales et européennes. Où en sont ces préparatifs ?

Jean-Yves Le Drian

Sur l’affaire de la Turquie, je crois ne pas avoir autre chose à dire à ce moment que de reprendre mon propos de départ, c’est-à-dire que nous considérons dans cette affaire que la Turquie fait preuve d’un grand sens des responsabilités et d’une grande maîtrise. Et que cela n’entraîne pas un changement qualitatif de la situation de notre point de vue en raison de ce sens des responsabilités de la Turquie.
Sur le Mali, la France a toujours dit depuis de nombreuses semaines maintenant qu’il y avait là un risque majeur et que la sécurité de l’Europe passait aujourd’hui par l’intégrité du Mali. A cet égard, la France a fait savoir qu’elle était prête à soutenir une intervention militaire de gouvernements africains de la CEDEAO et/ou de l’Union Africaine ; elle était prête à soutenir politiquement, au sein du Conseil de Sécurité (d’ailleurs, le Président Hollande l’a fait déjà à l’Assemblée Générale de l’ONU) ; et était prête à soutenir logistiquement lorsque la feuille de route, la planification plutôt sera établie par les Etats-majors des pays concernés, à condition que ce soit sous mandat de l’ONU. Nous souhaitons aussi que ce soutien soit si possible élargi à un soutien européen. Et à la réunion informelle des ministres de la défense de l’Union Européenne qui s’est tenue à Chypre il y a maintenant quelques jours, le principe d’un soutien européen a été acté et il doit faire l’objet de propositions des services de Madame Ashton dans quelques jours.

Wall Street Journal

Est-ce que vous pourriez préciser un peu le progrès qui a été fait dans la fusion entre EADS et BAE. Quels sont les problèmes qui restent, s’il y a des problèmes de votre point de vue ?

Jean-Yves Le Drian

La France faisait valoir plusieurs observations. D’abord, la garantie de ses enjeux stratégiques propres ; ensuite la garantie de son poids dans la nouvelle structure – je ne rentre pas dans les détails ; et ensuite des interrogations sur la stratégie industrielle globale du groupe ainsi fusionné. Voilà les trois séries d’interrogations et de questions qu’on a posées aux entreprises qui doivent y répondre là, maintenant.

Reuters

L’idée des zones de protection aérienne est abandonnée, aujourd’hui au nord de la Syrie ?

Jean-Yves Le Drian

Non, mais ce n’est pas aujourd’hui d’actualité. Ca pose plusieurs questions. Il n’y a pas de zone aujourd’hui, de périmètre suffisamment large qui a été libéré, pas d’autorité syrienne reconnue. La grande question pour moi, et je pense que le Président Hollande l’a déjà dit à plusieurs reprise, c’est l’unité de l’opposition syrienne et sa transformation d’unité en un gouvernement provisoire qui réunisse l’intérieur et l’extérieur. Pour l’instant, il n’est pas là.

Photo : Rolland Pellegrino

Dernière modification : 15/03/2013

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