Questions - Réponses sur la situation au Mali - Conférence de presse du Président de la République avec M. Donald Tusk, Premier ministre de la République de Pologne

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QUESTION : « M. le Président, ma question concerne l’intervention au Mali. Les comptes rendus de l’opération militaire donnent l’impression que la reprise de Gao et des abords de Tombouctou s’est effectuée avec peu de résistance face à l’armée française. L’armée française a-t-elle vraiment trouvé des combattants face à elle ? Quels types de combats a-t-elle mené ? Ma deuxième question, si vous le permettez, quelle est maintenant sa mission : s’agit-il d’aller au-delà de Tombouctou au nord du Mali ? Et au-delà de cela même de capturer, comme vous l’aviez indiqué il y a 15 jours, les chefs des groupes terroristes pour les « détruire » selon votre expression ? Combien de temps tout cela va-t-il durer ? »

LE PRESIDENT : « Alors d’abord je veux saluer le courage et l’efficacité des soldats français qui sont dans cette opération au Mali. En peu de jours, ils ont été capables d’arrêter les offensives terroristes, d’infliger des pertes sérieuses par la voie aérienne, et d’obtenir non sans mal, avec l’armée malienne, la reconquête des principales villes, notamment Gao et Tombouctou. Il s’agissait de manœuvres extrêmement difficiles qui devaient normalement veiller non seulement à battre les terroristes, mais à préserver les populations civiles. J’avais donné comme instruction de tout faire avec les autorités maliennes et les forces armées africaines. Ce qui a été scrupuleusement respecté.

Notre intervention a donc été non seulement décisive pour arrêter les terroristes, mais a permis d’enclencher une solidarité de toute l’Afrique, à travers ce que l’on appelle la MISMA et de protéger les populations civiles de toutes les exactions. La meilleure preuve, c’est que les images que les télévisions peuvent renvoyer lors de la libération des villes, sont des images de liesse pour l’accueil de nos soldats et de l’armée malienne.

Nous veillons aussi à ce que les contingents africains puissent maintenant se déployer pour prendre le relais de l’armée malienne et de l’armée française lorsque nous aurons suffisamment sécurisé le territoire.

Qu’avons-nous à faire ? Arrêter l’offensive terroriste, c’est fait. Reconquérir des villes avec l’armée malienne et les forces africaines, nous sommes en cours de réalisation de cette opération. En revanche, le nord Mali est encore sous le contrôle des terroristes. Ce sont donc les Africains, comme je l’avais indiqué, qui feront en sorte de permettre au Mali de retrouver son intégrité territoriale.

Je veux saluer toutes les aides, tous les concours qui nous sont apportés, encore aujourd’hui par le Premier Ministre polonais. Ce sont des aides de toute nature : formations, aides humanitaires, aides matérielles, aides militaires et notamment formations et encadrements des forces maliennes.

La France n’a pas vocation à rester au Mali, elle n’a fait cette opération que sur la demande expresse du Président malien et dans le cadre de la charte Nations Unies. En revanche notre devoir, c’est de faire en sorte que nous puissions permettre aux forces africaines de donner au Mali, une stabilité durable, au-delà-même de l’intégrité territoriale qui doit être effectivement obtenue. Enfin permettez-moi de continuer à avoir une pensée pour nos otages et de tout faire pour leur libération ».

QUESTION : « Pour l’instant nous parlons de choses peu précises : formations, aides logistiques… De quoi la France a besoin exactement au Mali ? M. le Premier ministre, qu’est-ce que la Pologne peut proposer précisément ? Combien de soldats, pour la formation des forces maliennes, quelle aide logistique est-elle possible ? Deuxième question : est-ce que c’est un manque de loyauté, le ministre GOVIN à la Diète ? C’est déjà déloyal ou c’est encore loyal ? Quelles conséquences possibles vous prévoyez M. le Premier ministre ?

LE PRESIDENT : « Je ne répondrai toujours qu’à la première question. De quoi la France a-t-elle besoin ? Elle a besoin d’un soutien politique, il a été prodigué dès le départ. Elle a besoin de forces africaines mobilisées sur le terrain, c’est fait. Elle a besoin de l’Europe pour encadrer, former l’armée malienne. Les Africains eux-mêmes et le Mali ont besoin d’un soutien financier : cela va être le sens de la conférence des donateurs qui se tiendra demain à Addis-Abeba. Et enfin, nous avons besoin de la durée, pour qu’il puisse y avoir, par les Africains, la stabilité du Mali. Je fais confiance à la communauté internationale pour nous donner son accord pour la suite des opérations.

LE PREMIER MINISTRE : « Lors de la réunion du gouvernement, nous allons préparer la décision que nous allons soumettre à l’approbation de M. le Président, concernant la participation de nos formateurs dans le cadre de la mission de formation européenne. C’est le bon moment pour réitérer notre entier soutien politique qui est entièrement volontaire.

Ce n’est pas un geste de solidarité par rapport à notre allié, ceci vient de notre conviction profonde après analyse de la situation sur le continent africain en entier, en particulier en ce qui concerne l’Afrique du nord. La stabilité de cette région est dans l’intérêt de l’Europe et de tout le monde. La France ne peut pas être seule dans cet effort, puisqu’elle a accepté la charge la plus importante dans une affaire qui est mondiale qui ne résulte pas des intérêts d’un seul Etat.

Si le besoin se présente en ce qui concerne l’armement, si la Pologne peut aider au niveau du matériel, nous sommes à disposition. C’est le Ministre de la Défense qui va discuter des détails. Nous sommes en mesure de réagir rapidement pour certains détails de notre côté, il n’y aura pas de retard en ce qui concerne cette aide.

Pour l’avenir, M. HOLLANDE l’a mentionné lors de notre réunion, ce qui se passe aujourd’hui n’est pas le plus gros défi au Mali. L’expérience de nombreux coins du monde nous montre que le défi réel, c’est ce qui arrive après les attaques et la bataille ; c’est le maintien de la stabilité et là l’apport de toute la communauté internationale dans la formation pour préparer les Etats africains à assurer le gouvernement légal au Mali sera très important. Là, je reste convaincu que l’Union européenne et la communauté internationale devront soutenir la France dans cette perspective stratégique.

Je ne peux pas me prononcer sur ce qui concerne la situation en Pologne. Je ne souhaite pas prendre trop de temps à notre très cher hôte. Le gouvernement est une relation de partenariat en quelque sorte qui nécessite la loyauté réciproque ».

QUESTION : « Est-ce que les soldats français vont poursuivre les djihadistes jusque dans les montagnes ? Quand considèrerez-vous que la mission des forces françaises est accomplie ? »

LE PRESIDENT : « D’abord, je veux revenir sur ce que disait le Premier ministre polonais. Nous avons eu le soutien de tous nos partenaires avec des niveaux différents d’implication. Mais de la part de nos amis britanniques ou de nos alliés américains, des avions nous été prêtés pour le transport et pour le ravitaillement. Tout cela a contribué au succès des opérations car nous sommes en train de gagner cette bataille. Quand je dis « nous », c’est l’armée malienne, ce sont les Africains soutenus par les Français.

J’en arrive à votre question. Nous, nous sommes là pour accompagner. Là nous avions été amenés à prendre une place importante dans le dispositif parce qu’il y avait urgence, parce qu’il y avait nécessité, parce qu’il y avait péril, parce qu’il y avait menace… Maintenant les Africains peuvent prendre le relais et ce sont eux qui iront dans la partie du Nord. Nous savons qu’elle est la plus difficile puisque les terroristes y sont cachés et qu’ils peuvent encore mener des opérations extrêmement dangereuses pour les pays voisins et le Mali.

Ensuite, une fois que l’intégrité territoriale aura été retrouvée, les Français ne seront là que pour encadrer et former. Notre dispositif se déploiera différemment, c’est à dire que de la même manière nous sommes montés en puissance rapidement, nous reviendrons vers les bases de départ.

Nous avons aussi à tout faire pour que les autorités légitimes du Mali puissent engager un processus de démocratisation encore plus avancé avec l’organisation d’élections. Cela c’est la responsabilité du Mali et nous veillons à ce qu’ils puissent – le Gouvernement et le président de la République – organiser ces élections dans les délais qui seront les meilleurs, ce qui suppose le retour à l’intégrité territoriale ».

Source : Elysée

Dernière modification : 29/01/2013

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